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AmdiralJo : Idées reçues et conseils

         Bonjour,

   Je suis arrivé en Licence de droit à l’âge de seize ans, ce qui fit de moi le plus jeune de ma promotion. J’ai maintenant dix-neuf ans et au moment où j’écris, je viens tout juste de boucler mes examens de troisième année.

            Le premier point à noter est le changement de projet professionnel entre le jour de mon arrivée à la faculté de droit (c’est-à-dire à l’époque où je n’y connaissais rien) et la fin de ma licence. A la base, je suis venu en droit pour ensuite faire des études de journalisme. Puis j’ai eu mon premier cours de droit constitutionnel et ce fut une révélation : plus tard, je serai Maître de Conférences/Professeur des Universités en droit public.

            J’agirai en deux temps en évoquant d’abord mon ressenti puis le côté plus travail.

            Concernant mon ressenti quant à mon parcours en licence, il convient déjà de préciser plusieurs choses :

-J’étais dans un petit campus, entre soixante et soixante-dix étudiants en L3 je pense donc mon ressenti peut ne pas s’appliquer dans le cas de grandes promos.

-Je vivais chez ma mère donc je ne peux pas évoquer la conciliation études-travail ou autres choses similaires ou pouvant y être liées.

            Passer d’une classe de lycée à un amphithéâtre de plus de deux cents personnes peut dérouter au départ mais je m’y suis vite habitué. Quand la prof nous a annoncé qu’il y avait trente pourcents de réussite seulement en première année, je me suis dit que ça ne serait pas de tout repos et que ce serait même difficile. Je vais vite passer sur la première année car je n’en ai pas de grands souvenirs mais l’atmosphère était assez difficile. Non pas qu’il y avait des tensions mais simplement qu’il y avait des groupes d’élèves qui se connaissaient souvent d’en dehors et étant quelqu’un de très réservé à ce moment-là, j’ai parfois ressenti un peu de solitude. La première année a aussi été l’année où j’ai découvert le droit constitutionnel (qui est devenu ma matière de coeur) et l’histoire des institutions (qui, je dois le dire, inspirent maintenant en partie mes quelques menues réflexions). Ca m’a aussi permis de me rendre compte qu’il était hors de question je fasse du droit de la famille tellement je trouvais le cours ennuyeux sur le fond. Les partiels ont été une véritable hécatombe en deux actes. A la fin de l’année, il restait environ trente pourcents des élèves. Bref, une année de découverte très enrichissante pour moi.

            La deuxième année mérite quelques développements plus longs. Je sortais de ma première année qui avait été enrichissante. A la réunion de pré-rentrée, un professeur a dit « vous pensez tout savoir, mais vous ne savez rien » et j’ai vite compris que ce n’était pas un simple effet de langage. Qui dit deuxième dit droit administratif et droit des contrats et de la responsabilité civile. Le droit administratif est devenu l’une de mes matières préférées avec le Droit des Libertés Fondamentales tandis que le droit des contrats (et de la responsabilité civile au second semestre) m’ont fait comprendre que le droit privé n’était clairement pas pour moi. Cependant, tout ne fut pas à jeter dans ces enseignements. L’approche très théorique de mon prof m’intéressait vraiment et me confortait dans le choix de carrière que j’avais fait un an plus tôt. La charge de travail a augmenté mais j’avais réussi à trouver des camarades pour de l’entraide. Si en L1, le raisonnement pouvait parfois sembler secondaire, en L2, le raisonnement était primordial. Retenir toutes les jurisprudences de droit administratif ne permettait pas d’avoir la moyenne, il fallait avant tout raisonner. D’un point de vue social, l’effondrement du nombre d’étudiants avait ouvert les relations et un groupe Facebook avait été créé par un ancien L2 (en L3 à ce moment là) pour faciliter les transmissions d’informations, les demandes de cours,… C’est aussi là que j’ai vraiment commencé à me sentir m’intégrer dans la promotion.

            Pour finir la troisième année, celle dont les souvenirs sont les plus frais. Tout d’abord, le nombre d’élèves est resté, il me semble, sensiblement le même qu’en L2, l’arrivée d’élèves de DUT compensant les départs et les redoublements. Scolairement, il y a eu une continuité entre la L2 et la L3 et j’étais maintenant habitué aux profs, au système de la fac en général même. La charge de travail avait encore augmenté mais j’ai eu la chance de trouver des personnes (comme en L2) pour me faire les fiches d’arrêt à ma place. C’est cette année que j’ai vraiment ressenti la passion pour le droit, allant jusqu’à faire la veille juridique pour ma promo juste avant les partiels, utilisant un groupe Facebook créé pour la L3 afin de diffuser. Mon amour pour le droit public s’est définitivement confirmé avec le Droit Administratif des Biens, le Droit International Public ainsi que l’Histoire de l’Administration et du Droit Administratif. Bien loin de la mauvaise image que peut avoir le droit administratif et ses dérivés (contrats, biens,...) sur les réseaux sociaux, ce sont des matières plus que passionnantes. Socialement, ça a été l’année la plus prolifique pour moi : je me suis mis en couple avec une camarade de promo et j’ai trouvé ma place dans la promo : celle du type qui réussit scolairement mais toujours prêt à lâcher une vanne en cours et à aider les personnes le désirant. Je me suis senti réellement intégré à la promo.

     Une fois ce ressenti général exprimé sur les trois années, je vais tenter de donner mon avis sur différentes idées reçues que j’ai pu croiser (parfois de manière récurrente, sur les réseaux sociaux ou dans la vie physique) :

-Le droit, c’est que du par coeur : Oh la non ! Pas du tout ! Le juriste doit se distinguer par la richesse et la précision de son raisonnement. Pour ce faire, il doit évidemment s’appuyer sur les sources juridiques (textes, jurisprudence,…) mais également sur des éléments extrajuridiques (histoire, philosophie, actualité,…). Et j’englobe là-dedans le mythe du « faut apprendre le Code Civil par coeur » → Non. A moins que votre prof soit un(e) sadique, vous aurez droit au code aux examens et dans la vie de tous les jours, les praticiens (notaires, avocats, magistrats, greffiers,…) ont accès à toutes les sources !

-Le droit, c’est monde à part : C’est vrai. C’est d’ailleurs ce qui nous vaut parfois une mauvaise réputation. Sans aller jusqu’à reprendre les gens qui disent que la loi stipule (la loi dispose), le juriste aura tendance à avoir un regard plus juridique sur certains faits de Société.

-Le droit administratif, c’est impossible : Si, c’est possible. Mais à la place du Code qu’on a sur soit, il faut retenir les jurisprudences. Mais c’est assez amusant puisque grâce au Conseil d’État (plus haute juridiction administrative), on découvre des communes.

-Les juristes sont condescendants : Ca n’a rien à avoir avec le fait d’être en droit.

-En fac de droit, on a plus de vie sociale : Ca peut être vrai comme faux. Je m’explique : si vous cumulez travail et études, vous risquez d’avoir du mal. Si en plus vous avez besoin de plus de temps pour apprendre, la situation peut être délicate (mais pas impossible !). Il ne faut pas hésiter à demander de l’aide aux autres. S’ils ne sont pas malveillants, ils/elles vous aideront (et si vous avez des facilités, n’hésitez pas à proposer votre aide). Cependant, conseil général ici : prenez un minimum de temps pour vous. Personne ne peut enchaîner les heures et les heures de travail sans s’arrêter pour reposer un peu l’esprit. Et même si vous y arriviez, votre cerveau ne retiendrait pas tout.

      Maintenant la partie conseils. Cette partie est très personnelle (par exemple, je n’ai jamais fait la moindre fiche de révisions) et donc ne conviendra pas totalement à tout le monde :

-Ne négligez pas les cours magistraux. Même s’ils ne sont pas obligatoires, écouter le cours permet de l’apprendre en partie, sans oublier les détails, les conseils ou les précisions du/de la prof.

-Ecoutez les conseils du corps enseignant : S’ils/elles sont là où ils/elles sont, c’est ce que ce sont de bon(ne)s juristes et qu’ils ont eu leur licence, leur master et leur doctorat (pour les profs de CM en tous cas).

-Faîtes la veille juridique : Normalement, votre université vos donne accès aux revues juridiques. Même sans retenir tous les articles, ciblez ceux qui vous intéressent pour enrichir votre culture juridique. Suivez également les comptes juridiques utiles sur Twitter (Cour de Cassation, Conseil d’État, Conseil Constitutionnel, Cour Européenne des Droits de l’Homme,…). Notez également la présence de l’application smartphone du Conseil Constitutionnel.

-Ouvrez votre esprit : Dans la veine du conseil précédent, un juriste n’est pas qu’une machine à faire du droit. Intéressez vous à d’autres choses (histoire, philosophie, arts, sciences, économie, sociologie, anthropologie,…) qui vous permettront de proposer des raisonnements originaux. Si les juristes n’étaient que des machines à faire du droit, il n’y aurait pas tout ce tintouin autour de la justice avec des robots.

-Demandez de l’aide si vous en avez besoin et fournissez-en aux autres : La licence n’est pas un concours, il vaut mieux que tout le monde se tire mutuellement vers le haut. Il n’y a rien de pire que les coups en traître.

-Trouvez VOTRE méthode de révisions : Chacun a ses méthodes (fiches, pas fiches, surligneurs, par surligneurs,…). Aucune n’est parfaite, trouvez celle qui vous convient.

-Prenez du plaisir en droit :  Si vous n’aimez pas ça, ne forcez pas. Au pire assurez la licence si vous êtes déjà en troisième année et arrêtez après. Si vous êtes en L1, réorientez vous. Il n’y a pas de honte à cela. Si vous ne prenez pas de plaisir dans le droit, vous ne survivrez pas à la charge de travail. Ce sera parfois dur, parfois vous vous demanderez si vous avez fait le bon choix puis vous lirez un arrêt sur Internet, vous verrez un sujet qui vous parle,… et vous vous direz que votre choix a été le bon.

 

 

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