Comprendre le CDI intérimaire : salaire, règles et limites
Signer un CDI intérimaire (souvent appelé CDII) peut sembler être le « meilleur des deux mondes » : la sécurité d’un CDI, avec la variété de l’intérim. Sur le papier, l’idée est simple. En pratique, tout se joue sur quelques règles très concrètes : ce qui se passe entre deux missions, le périmètre de mobilité, les conditions de refus, et la façon dont la rémunération est garantie.
Si vous cherchez les avantages et inconvénients du CDI intérimaire, ou une réponse claire sur le salaire (y compris le salaire net), gardez une chose en tête : ce contrat protège surtout contre les trous de revenus… mais il demande une vraie disponibilité.
Ce qu’on appelle exactement un CDI intérimaire (et pourquoi il ne ressemble pas à un « long intérim »)
Le CDI intérimaire est un CDI signé avec une entreprise de travail temporaire (l’agence d’intérim). Votre employeur reste l’agence, même quand vous êtes « en mission » dans une entreprise utilisatrice. À chaque nouvelle mission, une lettre de mission encadre la mise à disposition (poste, lieu, horaires, salaire, etc.).
L’originalité du contrat, c’est l’intermission : la période entre deux missions. Contrairement à l’intérim classique, vous ne retombez pas à zéro entre deux contrats. Vous restez salarié, avec une rémunération minimale garantie et des droits (congés, ancienneté) qui continuent de courir.
Pour situer rapidement :
| Point clé | Intérim classique | CDI intérimaire (CDII) | CDI « classique » |
|---|---|---|---|
| Employeur | Agence d’intérim | Agence d’intérim | Entreprise |
| Revenus entre missions | Non | Oui (minimum garanti) | Oui |
| Prime de fin de mission (IFM) | Oui | Non | Non |
| Variété des postes | Forte | Forte | Faible à moyenne |
Ce que votre contrat doit contenir : les clauses qui changent votre quotidien
Un CDI intérimaire n’est pas juste « un CDI + des missions ». Des clauses structurent votre marge de manœuvre, surtout sur trois points : les emplois visés, la mobilité et les contraintes d’horaires.
Le contrat décrit les emplois correspondant à votre qualification (dans la limite de trois emplois), votre statut (ouvrier/employé, agent de maîtrise/technicien, cadre), et un périmètre de mobilité dans lequel les missions peuvent être proposées.
Autre point souvent sous-estimé : les contraintes particulières d’organisation du temps de travail (nuit, équipes, samedi, dimanche…). Si ce n’est pas prévu au contrat, une mission avec ces contraintes peut être refusée sans que ce soit une faute.
Enfin, chaque mission doit être formalisée : la lettre de mission reprend les informations essentielles (motif, qualification, terme, lieu, horaires, rémunération et accessoires éventuels).
Salaire en CDI intérimaire : ce qui est garanti, ce qui varie, ce qui tombe en net
Le salaire CDI intérimaire se comprend en séparant trois choses : le plancher garanti, la paie pendant mission, et la traduction en net.
La rémunération mensuelle minimale garantie : votre « filet de sécurité »
Le CDI intérimaire prévoit une rémunération mensuelle minimale garantie (RMMG). Elle couvre à la fois les périodes en mission et les périodes d’intermission, avec un montant plancher défini par le droit du travail et les accords de branche.
Repère concret : au 1er janvier 2026, le SMIC mensuel brut est de 1 823,03 € (35 h), pour un net d’environ 1 443,11 €. C’est un bon ordre de grandeur du minimum garanti quand la RMMG est calée au SMIC temps plein.
Selon le statut, certains planchers sont majorés dans la branche (par exemple, +15 % pour agents de maîtrise/techniciens et +25 % pour cadres dans l’accord).
Pendant une mission : alignement sur le poste équivalent dans l’entreprise
Quand vous êtes en mission, votre rémunération doit respecter le principe d’égalité de traitement : à qualification équivalente et poste équivalent, votre salaire ne peut pas être inférieur à celui d’un salarié de l’entreprise utilisatrice (après période d’essai).
En clair : si le taux horaire en mission est plus élevé que votre minimum garanti, c’est ce taux (et les primes liées au poste) qui tirent votre paie vers le haut. Si le mois est « creux », la garantie vient éviter une chute brutale.
Salaire net en CDI intérimaire : un repère simple pour éviter les mauvaises surprises
Le contrat parle presque toujours en brut. Pour obtenir votre salaire net CDI intérimaire, le plus fiable reste un simulateur brut/net à jour (les cotisations évoluent). Comme repère, un SMIC mensuel brut de 1 823,03 € correspond à un net d’environ 1 443,11 € au 1er janvier 2026.
Deux détails comptent dans votre « net ressenti » :
- les primes de mission (nuit, froid, panier, etc.) quand elles existent ;
- la fréquence des mois d’intermission, où vous retombez au minimum garanti si aucune mission n’est confiée.
Prime de fin de mission : l’« avantage » qui disparaît… et ce que vous gagnez à la place
En intérim classique, l’indemnité de fin de mission (IFM) compense la précarité. En CDI intérimaire, cette prime n’est pas due, puisque le contrat ne s’arrête pas à la fin d’une mission.
Ce point explique une partie des avis mitigés : à taux horaire égal, un intérim classique peut rapporter davantage sur une mission courte grâce à l’IFM. Le CDII devient intéressant quand la stabilité (revenu régulier, continuité de contrat, accès au crédit, ancienneté) vaut plus que le « bonus » de fin de mission.
Mobilité, disponibilité, refus de mission : là où se cachent la plupart des litiges
Les règles sont plus précises qu’on ne le pense, et elles méritent d’être relues avant signature.
Le périmètre de mobilité n’est pas « partout où on vous envoie »
Le contrat fixe un périmètre de mobilité, négocié au moment de la signature. À défaut d’accord différent, l’accord de branche prévoit un repère : 40 km (trajet aller) ou 1 h 15 en transports en commun (trajet aller), à partir du domicile.
Cette clause change tout : un CDII peut être confortable si le bassin d’emploi est dense autour de vous, beaucoup moins si chaque mission implique un long trajet.
Les conditions d’un refus « légitime »
Vous êtes tenu d’accepter une mission si elle respecte les critères du CDI intérimaire. À l’inverse, une mission qui sort du cadre peut être refusée sans sanction, notamment si :
- elle dépasse le périmètre de mobilité prévu ;
- elle ne correspond pas aux emplois/qualifications listés ;
- elle propose une rémunération horaire inférieure à 70 % du taux horaire de la mission précédente (et au moins égale au SMIC).
Même logique pour les contraintes d’horaires : si le CDI n’a pas prévu le travail de nuit ou le week-end, une mission qui l’impose peut être refusée sans faute.
Intermission : vous n’êtes pas « au chômage », vous êtes disponible
Pendant l’intermission, vous restez salarié de l’agence, avec une rémunération minimale garantie. Cette période implique aussi une disponibilité selon les conditions prévues, avec des obligations de communication (absences, congés, etc.).
Avantages du CDI intérimaire : les situations où il apporte un vrai plus
Le premier avantage, c’est la sécurisation des revenus. Pour beaucoup d’intérimaires, le point dur n’est pas le taux horaire, c’est l’irrégularité. Le CDII lisse ce risque grâce à la garantie mensuelle.
Deuxième avantage : la continuité du contrat (ancienneté, congés, démarches bancaires). Les périodes d’intermission sont assimilées à du temps de travail effectif pour le calcul des congés payés dans l’accord de branche, ce qui évite l’impression de « trou noir » dans votre parcours.
Troisième avantage : vous gardez la variété des missions, utile pour acquérir de l’expérience sur plusieurs environnements, tout en restant dans un cadre contractuel plus stable que l’intérim classique.
Inconvénients du CDI intérimaire : ce que beaucoup découvrent après coup
Le premier inconvénient, c’est la comparaison directe avec l’intérim classique : pas d’IFM. Si vous enchaînez des missions courtes bien payées, l’intérim peut rester plus intéressant financièrement.
Deuxième inconvénient : la contrainte de mobilité et de disponibilité. Même avec un périmètre encadré, la réalité peut impliquer des changements fréquents de lieu, d’équipe, de rythme. La fatigue logistique devient un vrai critère, pas un détail.
Troisième inconvénient : la dépendance au flux de missions de l’agence. Si votre métier connaît des creux, vous pouvez passer plus souvent en intermission au minimum garanti, ce qui réduit l’intérêt du dispositif.
Témoignage « type » : à quoi ressemble un mois en CDI intérimaire
Exemple fictif, inspiré de situations fréquentes.
Camille, 28 ans, signe un CDI intérimaire en logistique. Les deux premiers mois, elle enchaîne des missions en préparation de commandes avec primes d’équipe : sa paie dépasse largement le minimum garanti. Le troisième mois, l’activité chute : une seule mission d’une semaine, puis intermission. Elle touche quand même une rémunération mensuelle minimale, ce qui lui évite de puiser dans ses économies.
Le revers : elle doit rester joignable sur les plages prévues, et une mission proposée à 35 km, en horaires décalés, devient le point de friction. Après relecture de son contrat, elle constate que les horaires décalés étaient bien listés comme contrainte acceptée : impossible de refuser sur ce seul motif. Elle renégocie alors un ajustement de ses contraintes pour la suite, au lieu de subir mission après mission.
Rompre un CDI intérimaire : démission, rupture conventionnelle, licenciement
Sur la rupture, le principe est simple : la rupture d’un CDI intérimaire se fait selon les règles de droit commun du CDI (démission, licenciement, rupture conventionnelle).
L’accord de branche donne aussi des repères pratiques sur le préavis en cas de démission après la période d’essai : il correspond à la mission restant à courir, dans la limite d’1 mois (ouvriers/employés), 2 mois (agents de maîtrise/techniciens), 3 mois (cadres). Particularité utile : pas de préavis à respecter si vous démissionnez pendant une intermission.
Si une situation devient conflictuelle (refus de mission contesté, sanction, interprétation du contrat), un avis extérieur (représentants du personnel, syndicat, juriste) peut éviter une escalade coûteuse.
Avant de signer : la checklist qui évite 80 % des regrets
Quelques questions très concrètes à poser à l’agence, et à exiger « noir sur blanc » :
- Quel est le montant exact de la rémunération minimale garantie (brut) et sur quelle durée théorique est-elle calculée ?
- Quels sont les trois emplois inscrits au contrat ? Sont-ils assez larges pour éviter des périodes d’intermission répétées ?
- Quel est le périmètre de mobilité retenu (point de départ, km, temps de trajet) ?
- Quelles contraintes d’horaires sont acceptées (nuit, week-end, équipes) ?
- Quelles sont les règles de délai de prévenance quand une mission est proposée ?
- Comment sont gérés les congés payés pendant l’intermission ?
Un CDI intérimaire bien rédigé et bien calibré peut sécuriser un parcours. Un CDI flou, lui, crée surtout des tensions.
FAQ
Quel est le salaire minimum en CDI intérimaire ?
Il dépend du contrat et du statut, avec un plancher lié au SMIC pour un temps plein. Comme repère, le SMIC mensuel brut est de 1 823,03 € au 1er janvier 2026 (net d’environ 1 443,11 €).
Le CDI intérimaire est-il plus avantageux que l’intérim classique ?
Tout dépend de votre rythme de missions. Le CDII sécurise les revenus entre missions via une rémunération minimale garantie, tandis que l’intérim classique peut être plus rémunérateur sur des missions courtes grâce à l’IFM.
A-t-on droit à la prime de précarité (IFM) en CDI intérimaire ?
Non. L’indemnité de fin de mission n’est pas due en CDI intérimaire, puisque la relation de travail ne s’arrête pas à la fin d’une mission.
Peut-on refuser une mission en CDI intérimaire ?
Oui, si la mission ne respecte pas les critères prévus (emploi/qualification, périmètre de mobilité, rémunération au moins égale à 70 % du taux horaire précédent et au moins égale au SMIC).
Comment estimer son salaire net en CDI intérimaire ?
Le plus simple : partir du brut indiqué (minimum garanti et salaire de mission), puis utiliser un simulateur brut/net à jour. Repère utile : au 1er janvier 2026, un SMIC mensuel brut de 1 823,03 € correspond à un net d’environ 1 443,11 €.
Peut-on faire une rupture conventionnelle en CDI intérimaire ?
Oui : la rupture du CDI intérimaire suit les règles de droit commun applicables au CDI, ce qui inclut la rupture conventionnelle quand les conditions sont réunies.
